Qobuz.com mise sur le téléchargement de musique en qualité CD – LeMonde.fr

Vous êtes à plus de 100 kilomètres d’un disquaire, sans possibilité de vous déplacer ? Vous êtes en ville, mais pris d’une urgente envie d’écouter la meilleure version, méconnue, du Marteau sans maître, de Pierre Boulez (Lontano Records), introuvable en magasin ? Une solution : le fichier numérique payant téléchargeable.

Vous trouverez votre bonheur sur le site français Qobuz.com, opérationnel depuis 2009, ou, par exemple, sur la boutique iTunes Store d’Apple, accessible en France depuis 2004. Sur cette dernière plate-forme, le disque est vendu 9,99 euros ; chez Qobuz, il faut débourser 3 euros de plus. Mais la différence est de taille : iTunes, comme la plupart de ses concurrents, ne propose qu’une version en fichier mp3 (c’est-à-dire un son fortement compressé, donc altéré), tandis que Qobuz le livre en une qualité comparable à celle du CD.

Le site français a décidé de privilégier les ventes d’albums entiers en qualité optimale plutôt que celle de plages à l’unité en mp3, vendues à 0,99 euro : “95 % de nos ventes concernent des albums intégraux contre 5 % d’achats à la carte, et 60 % des achats d’albums le sont en qualité CD”, précise Yves Riésel, codirecteur et cofondateur, avec Alexandre Leforestier, de Qobuz, qui lance aussi un troisième format, “master” : “Sa qualité est supérieure à celle du CD, qui exige une légère compression. Car les bandes passantes permettent ce que n’autorise pas la contenance limitée d’un CD”, précise M. Riésel.

Qobuz est en effet le premier site Internet à proposer un tel service, facturé plus cher car il a nécessité “un énorme investissement”. Cette société de quatorze salariés a mis 8 millions d’euros dans l’affaire, dès 2008, avec l’aide d’un autre investisseur, Innovacom, et devrait dégager, en 2011, un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros, en progression fulgurante et prometteuse de “300 % par rapport à l’exercice 2010”.

Toutefois, l’exigence de qualité ne concerne pas seulement le domaine de la musique classique : “Elle est importante chez les amateurs d’électro, qui est la plus forte progression de vente sur Qobuz, affirme M. Riésel. D’ailleurs, le classique ne représente que 39 % de nos ventes.” Il ajoute, non sans fierté : “Il n’y a aujourd’hui que sur Qobuz qu’on puisse télécharger tout le catalogue de Michael Jackson, écouter Lady Gaga, Vincent Dumestre, William Christie ou Léo Ferré en qualité CD !”

L’autre force de Qobuz est de proposer l’intégralité de son catalogue en écoute en streaming. Avant de mettre au point un nouveau système de transmission du son en qualité “master”, grâce à un nouveau lecteur au logiciel téléchargeable facilement, il lance une formule d’abonnement apéritive : 1 euro pour les premiers quinze jours d’essai, puis 13 euros par mois. “A ce tarif-là, le mélomane peut tout écouter sur son ordinateur ou sur sa chaîne, et se faire ses propres playlists, puis les transférer sur son baladeur numérique, iPhone ou Android, précise M. Riésel. Si un album lui plaît, il peut alors l’acheter au format CD ou master quand ce dernier est disponible.”

Ce savoir-faire et la défense de la qualité sonore ont séduit les majors (Universal et Sony ont signé avec Quobuz, EMI devrait leur emboîter le pas) et de grands labels indépendants français comme Naïve et Harmonia Mundi. Bernard Coutaz, le PDG fondateur d’Harmonia Mundi, mort en 2010, “regardait le secteur téléchargement avec beaucoup de distance, vu sa part de chiffre d’affaires extrêmement modeste, concède Eva Coutaz, qui lui a succédé. Mais nous devons nous plier jusqu’à un certain point aux habitudes nouvelles et aux changements.”

Chez Harmonia Mundi, la vente de fichiers numériques totalise 13 % du chiffre d’affaires : “Nous n’avons pas voulu investir pour l’instant dans notre propre site de vente, reconnaît Mme Coutaz, et Qobuz est déjà bien spécialisé et bien implanté en France.” L’autre grand label indépendant français, Naïve, annonce quant à lui 12 % de ventes numériques classiques et propose ses propres titres en ligne, sur Alternaive.com. “Mais, confirme Didier Martin, responsable du classique chez Naïve, Qobuz est un très bon partenaire qui se positionne sur la qualité d’écoute, alors que nous ne proposons que le format mp3.”

Pour Yves Riésel, “les revenus du numérique classique sont aujourd’hui grosso modo de 10 %”. Mais, selon lui, “ils seront avant trois ans de plus de 70 %”. M. Riésel ne pense pas que le disque physique soit menacé à court terme, “mais le coût du transport, des stocks et la diminution des points de vente militent de plus en plus pour un développement du numérique, qui dégage de surcroît de meilleures marges”.

Renaud Machart Article paru dans l’édition du 25.06.11

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